RENÉ BASTIEN - ses oeuvres

LES ARBRES QUI SAIGNENT

Arbres du bois Le Prêtre, arbres du bois Fumin,
Pauvres arbres meurtris, qui tendez vers les nues
Vos troncs déchiquetés, comme des bras sans mains,
Et qui semblez frémir de tant d'horreurs connues,
Je vous aime, martyrs stoïques, résignés,
Immobiles guetteurs qui, comme nous, saignez,
Dans votre écorce, dans vos flancs, dans tout votre être !
Mais je vous plains aussi, je vous plains surtout d'être

Simplement les témoins muets et désarmés
De ces chocs dont l'ardeur enfièvre notre sève
En la gorgeant du sang de ceux que vous aimez.
Car, à nous voir toujours, sans relâche, sans trêve,
Auprès de vous, souffrant en vous, intimement,
A nous sentir, sanglants, mourir dans vos racines,
Vous nous avez aimés si fraternellement
Que vous ayez entre le plomb et nos poitrines,
Dressé le bouclier de vos corps en lambeaux !
Et, pour nous, vous mourez un peu chaque minute,
Ecartelés, niais fiers que votre inerte lutte
Diminue à vos pieds le nombre des tombeaux !

RENÉ BASTIEN.
Les Annales politiques et littéraires 3 février 1918

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos Chansons Françaises - 1929
Auteur : René Bastien - Antonin Lugnier


- Dans une chanson
- L'arracheur de dents
- Par les chemins
- Pas d'cancans
- Mon p'tit gâs
- Celle qui faut guérir
- Noires et blanches
- Sur le banc près de la vieille église
- La gloire
- La belle ville
- Le secret de Grégoire
- L'orgueil du laboureur
- La chanson du soir
- C'est pas moi, c'est lui
- La naissance du vin
- Le cataplasme
- Bergers et bergères
- Le trésor des normands
- Messieurs le jurés
- Les pianistes
- Elle s'appelle Jeanneton
- Premier regard dernier sourire

 

Lettres brulées  (24-04-1904)

Vous m'avez l'autre jour, exprimé le désir,
De me voir déchirer vos lettres, mon Aimée,
Vos missives d'amour, où mon âme charmée,
Trouvait un doux rayon de joie et de plaisir.

Je viens de les brûler, et, seul le souvenir
A vos lettres survit. Légère, la famée,
Paraissait en montant, de baisers, parfumée.
C'était un peu de Vous, fuyant dans le Zéphir.

Notre petit Roman, aux pages amoureuses,
Se trouvait en entier dans ces lettres charmeuses,.

Que mes yeux maintenant, ne liront plus jamais.
Mais, je les sais par cœur, et dans mon âme heureuse
Quand je redis tout bas vos phrases langoureuses.
Je les aime encor plus que je ne les aimais
.

RENÉ BASTIEN.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Varennes-Changy

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